( 26 juillet, 2013 )

If sacré

If
Gardien sacré du repos des âmes
Vert témoin du dernier voyage
Tes aiguilles frémissent
Traversées de souffles froids
If
Gardien muet du repos des corps
Détenteur des derniers secrets
Tes fruits en rougissent
Les oiseaux les colportent
( 26 juillet, 2013 )

Envol

Je me souviens
Je me suis endormie
Il est parti
 
Dans un dernier souffle
D’un battement d’ailes
Ceux qui nous aiment
Partent en catimini
C’est ainsi
 
Sans déranger
 
Sur leur visage
Enfin reposé
Ils laissent un message :
 
Quand je t’ai vue
Si douce, endormie
Au bord de mon lit
J’ai senti venu
Le moment choisi
 
De laisser filer
 
Ce souffle de vie
Je n’en voulais plus
Pardonne-moi
( 26 juillet, 2013 )

Destins

Marcher

 
Je marche.
Le verdict était tombé : trois mois. Des complications avaient rendu les soins inefficaces. Cela faisait des mois que tu te battais pour surmonter la maladie, pour supporter les traitements lourds.
Et le médecin avait conclu: « Trois mois. Avec de la chance et la chimio. »
Tu m’as souri, de ce sourire ineffable, si doux, si plein d’amour et de tendresse, que tu as pour tous. Et pour moi. Tu as murmuré, épuisée: « Trois mois, c’est trop ; emmène-moi voir la mer. »
Nous sommes allés au Tréport. Le matin, je te portais sur un transat, sur le balcon devant notre chambre, emmitouflée dans un plaid. Tu avais toujours froid. Tu as toujours cherché la chaleur, blottie contre moi.
Puis tu n’as plus quitté le lit. Je te préparais des plats que tu ne touchais pas. Alors, j’ai pris ton pauvre corps si fragile dans mes bras, en essayant de ne pas te faire souffrir. Et je suis resté avec toi, ta tête contre mon torse. Enlacés, jusqu’à la fin. Tu es partie en regardant la mer par la fenêtre. Tu aimais la mer.
Je marche.
Tu voulais faire le pèlerinage de Compostelle. J’ai cédé mes parts de l’entreprise familiale à mon frère et je suis parti faire ce voyage pour toi. Que voulais-tu trouver sur ce chemin? J’avale les kilomètres par tous les temps. Je subis les marches forcées, les haltes plus ou moins confortables, les repas pris sur le pouce ou dans des gargotes, les dortoirs puant la javel, les pieds et les chaussettes trempées. Et surtout, cette atroce promiscuité, ces gens qui voudraient me parler, se raconter, rire. Oh, rire… Ton sourire flotte toujours sur tes lèvres, mais ton rire est si loin.
Je marche.
Nous étions si bien, heureux. Chaque pas attise ma colère, ma fureur, ma haine d’être en vie sans toi. Pourquoi moi, pourquoi nous? Comme si nous devions être indestructibles. Que vais-je devenir maintenant, amputé de toi, la meilleure part de moi? Mes projets n’ont plus de sens. Ma vie n’est plus, morte avec toi.
Voila, je suis arrivé place de l’Obradoiro. Dans la cathédrale une messe débute, aux chants apaisants, sans doute.
Ma rage intacte, je reprends la route. Tu voulais voir Lhassa. Le temps est tout ce qui me reste.
Je marche.
( 26 juillet, 2013 )

La Fin de tout

C’est fini

Tu ne tiens plus ma pensée
Dans les rets de nos souvenirs

Je n’attends plus ton appel
Je n’entends plus ta voix

Ma main perd l’habitude
De chercher ton contact

Même ta fine silhouette
S’estompe sans regrets

L’absence s’est comblée
Elle-même de lassitude

La souffrance se retire
Et me laisse respirer

Pour qui
Pourquoi?

Comme trois pattes à un Canard
 
Notre histoire ne valait pas
Plus de trois poèmes
Trois petits tours
Trois fois rien
Trois gouttes d’eau
Dans le désert de nos vies
 
Le sable étouffe les sentiments
Le vent efface nos pas
Le désert reste là
Glacé sous le soleil
Comme au clair de lune
Imperturbable
( 26 juillet, 2013 )

Le Temps

Il paraît

Que le temps
Adoucit les choses
Il paraît
Que le temps
Atténue la vie
Il paraît
Il faut attendre
Que le temps
Fasse son œuvre
Il faut espérer
Que le temps
Efface la mémoire
Il faut vouloir
Que le temps
Tue encore et encore
Pourtant
Le temps se trouble
Je serai plus fort
Il paraît
Que tu dois
Quitter ma vie
Il paraît
Que je vivrai
Mieux alors
Il paraît
Il faut comprendre
Que la vie
Se vit et revit
Il faut admettre
Etre mieux
Même malheureux
Il faut croire
Qu’en amour
L’un chasse l’autre
Moi, je garde
Le temps
Au présent
Il paraît
Que le temps
A besoin de temps
Il paraît
Que le temps
Nous fortifie
Il paraît
Il faut vivre
Le temps
Qui reste
Il faut aimer
Le temps
Qui dure
Il faut savoir
Avancer
Sans temps mort
Je te sauverai
En tuant
Le temps
( 26 juillet, 2013 )

Humeurs sur le Sable

Coup de Vent

Ecume en folie
Gigue de la vague
 
Rochers acérés
Eclatement du temps
 
Zébrures blanches
Fracas de tonnerre
 
Sautes de vent
Grain au large
 
Yeux exorbités
Eléments déchaînés
 
Du ciel à la mer
Se déchire la vie
Marée
 
Descendre vers la mer
Tandis que remonte le temps
Avancer dans la vague
Se laisser porter
Aller un peu plus loin
Tandis que recule le temps 
 
Traverser l’Océan
Comme on traverse la rue
Et nous rencontrer
Le temps s’est arrêté
La mer est étale
Demain peut-être
Sable
 
Nos pas s’effacent
Dans le sable
 
Les grains insouciants
Jouent à cache-cache
 
S’agglomèrent et se défont
Rose retravaillée
 
De vague en dune
Il ne reste rien de nous
 
Avons-nous seulement
Existé ?
Empreinte
 
Empreinte sur la plage
 
La marée qui monte
Lèche de ses vagues
Le dessin sur le sable
L’efface à jamais
L’emporte dans l’eau
En pare les étoiles
 
L’oubli miroite sur l’eau
( 26 juillet, 2013 )

Ecrire

Comme on sculpte le bois

Il écrit
Comme on sculpte le bois
Dans la clarté de l’atelier
 
Affûtant ses crayons
Il choisit mot après mot
En restant dans le fil
Sans déchirer le papier
 
Dans les senteurs de la bibliothèque
Volutes légères au bout des doigts
Les copeaux roulent sur la table
Jouent dans les rayons
 
Il écrit comme on sculpte
Jusqu’à dégager de sa gangue
L’étude finement ciselée
Débarrassée de ses fioritures
( 26 juillet, 2013 )

Le Poète

Le Poète

 
Un livre à la main, l’homme rêve à la fenêtre en regardant tomber la pluie sur le jardinet.
Les hortensias aux mille fleurs bleues exposent leur camaïeu pimpant sous le ciel couleur ardoise. Près du buis échevelé, l’auge de granit abrite des giroflées sauvages. Sur la pelouse où croît l’herbe folle, les rosiers se courbent sous l’ondée, leurs pétales rouges se détachent et recouvrent peu à peu le sol détrempé. Framboisiers et groseilliers s’enchevêtrent le long de la haie d’aubépine.
Seul, le pommier au tronc moussu tend ses branches tordues comme une prière contre le déluge.
Cependant, la barrière ouverte sur la lande incite aux promenades.
D’un pas lent et mesuré, l’homme arpente en pensée les chemins creux avoisinants. Chaque caillou, chaque arbrisseau, chaque recoin ramènent les images enfuies d’une vie passée en harmonie avec les lieux.
Les lourdes senteurs de la terre se dégagent des trombes d’eau. Le ru gonflé, prenant des allures de cascade, dévale la pente et remplit le fossé.
Les mains dans le dos, campé bien droit, le rêveur fait une pause près d’un banc de pierre, devant l’abri en ruine du vieil ermite. Il aime la vue qui s’offre à lui, de cet endroit serein. Les ajoncs dorés et les bruyères pourpres égaient le roc acéré. Plus loin, les résineux tranchent par leur rectitude vert sombre.
Sur le mont, derrière le rideau de pluie, la chapelle semble l’appeler, nimbée d’un rai de soleil à travers la nuée.
La nuit tombe. La lune monte lentement dans le ciel brumeux, halo qui fait reculer les ténèbres gardées par le hululement de la chouette.
Il va de long en large, de l’âtre froid à la fenêtre poussiéreuse, en récitant ses poèmes préférés.
Son écharpe autour du cou, un pull sur les épaules, il replace ses lunettes d’un geste machinal.
Puis il s’assoit à la grande table en bois de la salle commune. Du plat de la main, il lustre doucement le plateau vermoulu qui a vu grandir et partir ses aïeux.
Lui manque le tic tac chaleureux de l’horloge. Il l’entend toujours rythmer le temps, comme dans un rêve.
Il écrit. Sans relâche, il tente de dépeindre la lumière absorbée dans la journée, de décrire les paysages aimés, de restituer les scènes du passé.
A l’abri de sa forteresse de mots, le poète combat la nuit. Les feuilles s’étalent sur la table, couvertes de son écriture fiévreuse. Terrorisé par l’ombre funeste qui emporte ses pensées, il aligne les vers comme rempart de sa mémoire. Sans prendre le temps d’y réfléchir, les mots s’enroulent en circonvolutions autour du même thème ; l’amour de son pays ne le quittera pas.
La frénésie tombe au petit matin. Avec l’aube blafarde, le calme revient dans le silence éternel.
L’homme veille à la fenêtre, un livre à la main.
( 26 juillet, 2013 )

Nantes revisitée

 Le Mémorial

Entrez , descendez, allez vers la mer 
 
Vous voilà confinés dans la cale d’un négrier
Un de ceux éparpillés sur l’esplanade
Qui brillent de tous leurs feux 
Fiers de leur nom et de leur destinée
 
Entendez le bruit de l’eau contre les flancs du navire
Entendez la chute des corps balancés par-dessus bord
 
Ecoutez la mélopée de la femme jamais asservie
Le chant lancinant des tambours qui l’accompagnent
 
Pardonnez, refusez la folie des hommes mercantiles
Pleurez enfin l’atroce souffrance des humains enchaînés
( 25 juillet, 2013 )

Bonjour tout le monde !

Bienvenue dans unblog.fr. Ceci est votre premier article. Modifiez-le ou supprimez-le, puis lancez-vous !

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